mercredi 4 mai 2011

Feuilleton d'un chantier 6



Quand il est arrivé, il a tout de suite senti la fumée. Il a tendu sa paume au-dessus du feu pour en mesurer la chaleur. Il est resté longtemps ainsi. L'absence de l'autre bûcheron ne l'inquiétait pas. Il l'avait vu chaque jour pendant de longues années. Il avait partagé en silence avec lui le travail de bûcheron. Il avait partagé en silence les moments contemplatifs, les moments d'extase devant ce paysage toujours nouveau, les moments d'inquiétude, les petits incidents, la peur revenue de l'enfance, le sentiment de Préhistoire, l'envie de cataclysme, le désir de fin du monde.
Mais il avait gardé en lui beaucoup de désirs secrets aussi.
Il était venu avec une pioche. Ce jour-là et c'était la première fois il était venu avec une pioche. Il ne se l'expliquait pas. Lorsqu'il sentit la fumée, il se rappela qu'il avait cette pioche dans son sac. Alors il ne brancha pas la machine. Alors il laissa l'atelier de bûcheron ainsi sans allumer de lumière, sans contrôler, sans mettre ses gants, sa combinaison, ses lunettes. Il se sentait un peu nu sans tout ce pétrole sur le dos. Mais cela ne le dérangeait pas. Comme l'absence de l'autre bûcheron dont il apercevait au loin le scintillement de la torche. Il se plaça au centre de la clairière et commença à démonter le sol. Il l'avait toujours vu ainsi comme une évidence. Et aujourd'hui il le démontait. Il avait le sentiment diffus de mettre fin à une illusion. Et à la fois, il ne savait pas si lui même n'allait pas fabriquer de nouveau un phénomène naturel. Comme la forêt. Naturel et ouvragé de mains d'homme. Très vite il arriva à la chape et entrepris de la casser. Il lui faudrait une masse et probablement d'autres outils. Mais il n'avait pas le temps de retourner en ville. Il ne savait pas quelle heure il était, mais dans son esprit il serait de retour à la fin de la journée. C'est ce qu'il pensait.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire