lundi 6 décembre 2010

Tout ce que j'ai vu / hommage à Sylvestre



Un mois de novembre particulièrement copieux m'a empêché de parler d'un très beau projet réalisé à l'École Supérieure d'Art de Lorient. Il était temps de réparer cette omission.
C'est chose faite. « Toute ce que j'ai vu a disparu » (hommage indirecte au remarquable et mélancolique livre de typographie It is beautiful... then gone de Martin Venezky) est une exposition collective réalisée à l'invitation de Nicolas Barrié, artiste, vidéaste et enseignant à Lorient. Quand Nicolas me parle de cette invitation à la fin du printemps dernier, il s'agit plutôt d'une conférence, sur l'Espace Khiasma. Parler d'un esprit du lieu, d'une manière d'aborder les formes contemporaines mais aussi de les partager, de faire communauté. Progressivement, l'idée de faire une exposition, de faire « Khiasma » à Lorient prend forme. Il s'agit au passage pour moi de traverser mes années de directeur d'un lieu d'art pas comme les autres mais aussi d'éditeur (la décennie précédente placée sous le signe d'Amok). En hommage à ces années de jeunesse, je dépose deux livres de bandes dessinées de Sylvestre comme introduction de l'exposition, Relations et Simple (les deux édités par Amok éditions). Sylvestre – Federico Del Barrio- défait dans Relations tous les artifices du récit. Les personnages aperçoivent l'ironie de leur nature, la vacuité de leur mission, les limites de la page et l'encre qui les compose. Ils pensent perspective, point de fuite, utopie. Avec Simple, Del Barrio en finit avec la bande dessinée en plaçant un personnage – son double fictionnel- en bas à droit de toutes les cases du livre. C'est l'incarnation du refus des simulacres, la grève du récit. Ces amis – Raul, Cava- ont beau tenter de venir le raisonner, rien n'y fait, l'auteur-personnage ne bougera pas jusqu'à devenir pure littérature.
L'oeuvre en bande dessinée de Del Barrio comme celle de Raul est l'une des rares à avoir eu une influence durable sur mon parcours. C'est sous le signe de la disparition que j'ai placé cette exposition qui tente de relier deux décennies de préoccupations visuelles.
Merci encore à toi Fédé pour ces livres d'une intelligence rare.

TOUT CE QUE J'AI VU A DISPARU
GALERIE DE L'ÉCOLE SUPÉRIEURE D'ART DE LORIENT

10.11.2010 -17.12.2010
RENAUD AUGUSTE-DORMEUIL, BERGER & BERGER, MOHAMED BOUROUISSA, OLIVIER DEPREZ & MILES O'SHEA, FRÉDÉRIC DUMOND, JACQUES FATON, FABIEN GIRAUD & RAPHAËL SIBONI, NIKLAS GOLDBACH, KHALIL JOREIGE & JOHANNA HADJITHOMAS, HEE WON LEE, THANDO MAMA, OLIVIER MARBOEUF, CATHERINE PONCIN, SIMON QUÉHEILLARD, SILVESTRE, TILL ROESKENS
COMMISSARIAT : OLIVIER MARBOEUF / KHIASMA

Tout ce que j'ai vu a disparu / vue d'expo 1

jeudi 2 décembre 2010

Over Game / Du vivant



photos © Matthieu Gauchet et Olivier Marboeuf

"Les plantes sont vivantes, elles respirent et créent une circulation de gaz, de flux, que l’on retrouve dans l’écriture de Jérôme Game. C’est le côté organique. L’envie de créer une nature en vie, qui respire, rejoignait toute cette idée de difficulté à respirer, très présente dans ça tire. Mais aussi les pensées qui circulent chez Jérôme Game, qui poussent les unes à côté des autres, s’entrelacent. L’idée des rizhomes de Deleuze était présente également. À l’intérieur du corps du narrateur de ça tire, les mots sont bloqués. Il y a la recherche d’une libération de ce souffle, de cette parole."
Extrait de l'entretien d'Alexis Fichet et Bérengère Lebâcle pour Over Game.

Dès l'été dernier, lors d'une séance de travail, la présence de plantes et l'idée de flotter au-dessus nous avait beaucoup tenté. Bérengère avait envie de trouver une traduction dans la performance de cette sensation du corps qui passe d'un milieu à un autre, traverse des éléments, flotte même parfois, change de régime, d'état.
A la faveur de ma rencontre avec Nicolas Bralet du Laboratoire Associatif Art & Botanique (LAAB) nous avons pu pousser cette idée plus loin. Nous travaillions depuis un moment sur l'idée d'une résidence à venir quand j'ai décidé de l'inviter à se joindre à nous sur le projet Over Game. Il a produit avec Sabrina Issa un véritable jardin qui installe son rythme vivant durant toute la durée de la présentation publique de l'exposition, avec son système automatisé d'arrosage et d'éclairage. Il fait écho à notre préoccupation du temps – long, cyclique - qui est l'un des enjeux de la forme « installation/performance ». Avec ce jardin, nous sommes dans un espace totalement artificiel, mais qui déploie cependant des cycles naturels, du temps ancien, imperceptible et continu. Nous avions déjà commencé à explorer cette année à Khiasma, à la faveur de la résidence Locavores d'Emilie Notéris, des problématiques écologiques – et écosophiques- , en nous intéressant à la difficulté de penser la nature dans un régime urbain et technologique généralisé. Nathalie Blanc, l'une des intervenantes de cette résidence, posait en mai dernier un regard passionnant sur notre perception variable de ce qu'est la nature, construction qui faisait fi des données scientifiques à notre disposition. La nature réinventée, fantasmée et finalement épurée de sa part d'ombre. En posant le cafard comme figure centrale de la nature en ville, elle prenait à rebours notre désir de verdir la ville.(voir la vidéo)

La question de la nature contradictoire est aussi au coeur du travail d'écriture d'Alexis Fichet. Dans ses pièces Plomb, Laurier, Crabe et plus récemment Hamlet and the something pourri, on la retrouve dans sa forme vitale et inquiétante. Elle donne vie et empoisonne tout à la fois.


OVER GAME
du mardi 30 novembre au samedi 4 décembre à Khiasma entrée libre

> en savoir plus
> lire l'intégralité de l'entretien de Bérengère Lebâcle et Alexis Fichet

mercredi 1 décembre 2010

Over Game / premier soir


© photo Matthieu Gauchet

Impression polaire...

lundi 29 novembre 2010

Over Game / Dans la neige




C'est peut-être aussi les chutes de neige qui nous influencent sans qu'on le sache. Quelque chose de polaire s'est installé au seuil de l'installation. Nous voilà avec un espace tout blanc pour ouvrir le dispositif Over Game. Un véritable « white cube ». Manière de poser une page blanche, de partir d'un état nu, abstrait, du hors texte, des pages qui précèdent parfois le titre. Un avant propos. Et d'entrer progressivement dans la matière du livre Ça tire.
On commence par du blanc avant que tout se remplisse, s'organise, que la matière perce la surface lisse, que ça pousse. On commence baigné de blanc et on finit dans le noir, devant un dos nu qui parle, suspendu dans le vide, un moment sensuel et obscur, un appel par l'embrasure d'une porte. Dans ces deux stations, il est toujours question de cinéma, de voir-dire des images, de penser des plans, de les imaginer au début sur un écran encore vierge, puis de les mettre à mort quand elles prennent enfin corps dans l'obscurité. Désir contradictoire qui tend le dispositif par ses deux extrémités.

samedi 27 novembre 2010

Over Game / Relectures




Après discussion, nous décidons de garder le « sol archéologique » sans le repeindre. Une exposition comme une relecture de la précédente, c'est à propos. Évidemment le sens se déplace, ce n'est pas une citation. On est maintenant dans le territoire vu du ciel – retour de l'histoire du point de vue. Bérengère installe ses piscines bleues, on baigne dans la Californie. Pendant que les mots s'infiltrent doucement un peu partout, on s'attaque au jardin, sauvage et artificiel à la fois, concret et peut-être aussi incertain, si possible.
Over Game du mardi 30 novembre au samedi 4 décembre de 20h à 23 h > en savoir plus et réserver ici

jeudi 25 novembre 2010

Vestiges




Alors que nous travaillons activement sur Over Game, des fantômes d'une histoire précédente émergent lentement de la peinture du sol. La colle du scotch utilisé par Marie Bouts et Till Roeskens pour tracer leur carte mentale a réagi avec la glycéro et remonte à la surface. On n'avait pas besoin de ça. Nous voilà obligés d'appliquer de l'acétone partout sur le sol fraîchement repeint. Un peu pénible quand même. Avec Alexis Fichet, nous (re)découvrons les territoires de l'exposition Pistes, devenus vestiges, traces. C'est notre petit plaisir. Dans un dernier effort nocturne, nous voilà transformés en archéologues.

mercredi 24 novembre 2010

Game, au delà de / 2


L'écriture de Game est aussi une question de point de vue. En en discutant avec Bérengère Lebâcle et Alexis Fichet, cela devient très clair. Il s'agit de dire des choses mais aussi de dire d'où on les dit, d'où on les perçoit. C'est l'un des enjeux dont j'ai tenté de me saisir avec les propositions typographiques de ce projet. J'ai fabriqué pour l'essentiel des jeux de distance - qui sont aussi des jeux d'activation de la lecture par rapport à la position du spectateur. Cela croise l'univers médical - le kiné- qui habite le texte original de Game et auquel Bérengère donne une nouvelle incarnation dans la performance. Certaines autres propositions jouent plus volontiers sur l'invisibilité, le jeu de révélation, la phrase cachée qu'il faudra trouver quelque part. La performance (re)jouera l'espace, ce qui offre la possibilité d'y cacher des choses. Je dis à Alexis : "La référence absolue pour moi c'est la scène de la série Twin Peaks de David Lynch lorsque l'inspecteur trouve en auscultant le cadavre de Laura Palma une lettre coincée sous son ongle".

lundi 22 novembre 2010

Avec ou sans Game, au-delà de / 1



J'écrivais, il n'y a pas si longtemps (ici) que la poésie de Jérôme Game était indissociable de sa scansion, de son art de l'insert, de la découpe de la lettre. Petite mécanique de précision qu'il fallait savoir entendre. Ce n'était pas un jeu, c'était mettre les organes dehors, mobiliser toutes les circulations du corps, les matières invisibles de l'anatomie et les regarder en train de faire ce qu'on entend ou bien essayer de les nommer en même temps qu'elles actionnent – en secret- ce qui est dit. Allez à la source de l'acte de dire -mécanique et symbolique en même temps, d'où l'embouteillage, d'où le trop-plein, le débordement, le besoin d'en sortir par blocs, de pousser tout ça dehors au plus vite, qu'on voit ce que c'est. Et en même temps, de l'épuiser à le dire, de le rendre mort et de sans cesse devoir le réanimer.

Over Game est une tentative, une forme au-delà de Game – mais avec sa complicité-, qui ouvre sa poésie dans l'espace et qui l'essaye à d'autres mécaniques. Bérengère Lebâcle est de celles-ci. Elle porte des extraits de « ça tire », y introduit sa voix – ou sa voix est introduite par ce texte car il y a clairement effraction quelque part. Ça tire donc, ça s'arrête près de la ligne, ça déclenche, ça creuse. C'est du Game sans Jerôme mais avec beaucoup d'autres corps vivants ou inertes.

Nous y voilà, l'espace est presque blanc, les peintres recouvrent les vestiges de l'instant d'avant. On va pouvoir commencer quelque chose qui n'a pas vraiment de début, ni de fin. On pense qu'il y aura une sourde idée de fête passée, des vestiges glacés, un désordre imperceptible des choses, un léger décadrage. Tout sera presque à sa place mais en mouvement, en train de glisser.

Over game du 30 novembre au 4 décembre à l'Espace Khiasma Une proposition artistique d'Alexis Fichet et Bérengère Lebâcle avec la collaboration d'Olivier Marboeuf et du Laboratoire Associatif d'Art & Botanique.
> en savoir plus

dimanche 24 octobre 2010

Stars and Strikes à Slick


Brigitte Zieger devant l'œuvre installée à l'Espace Khiasma © Matthieu Gauchet

Dans le cadre de l'édition 2010 de Slick (foire de découvertes en art contemporain du 21 au 24 octobre 2010 à Paris sur l'Esplanade du Palais de Tokyo et du Musée d'Art moderne de la Ville de Paris), la galerie Odile Ouizeman présentait "Stars and Strikes" de Brigitte Zieger, une pièce produite par Khiasma dans le cadre de l'exposition Entropie (juin 2010 à l'Espace Khiasma). Khiasma a conçu le système de conservation de l'oeuvre réalisée in situ et son remontage a été réalisé par Alain Christophe qui assure également la construction des expositions de notre espace.